Porto - Christiane Blanchard
          
Porto
J'ai transformé la ville de Porto en théâtre de souvenirs. Au détour d'une rue c'est Prague soudain qui m'apparaissait. Prague encore nappée du velours d'un rêve de liberté. Le communisme avait eu le pouvoir de fait cesser la course du temps ; je ne voyais plus que lui. Les immeubles, les commerces des petites rues où les touristes se perdent parfois sont fermés avec de gros cadenas, les rideaux de fer sont baissés.Ils me racontent la même choses au Portugal comme ailleurs. La nostalgie d'une époque qui n'est plus . Puis m'apparaissaient des scènes de rues des films à sketchs de Vitorrio de Sica . Ces films racontaient l'Italie populaire des années cinquante, je les avaient adoré à la télé et en noir et blanc. Porto n'est pas l'Italie mais je ne suis jamais allée en Italie. J'y ai aussi croisé des femmes et des hommes semblables à ceux de mon enfance. J'ai photographié des échoppes tenues par des commerçants et non pas par de jeunes force de ventes . J'ai ressenti la force vive du Tage, ce fleuve vert véritable sang de Porto, à moins que ce ne fut la force vitale de la jeunesse des quartiers invisibles . Elle qui plonge du haut du pont dans l'eau verte; elle fanfaronne; rit de peur et de fierté et crie la joie d'être vivante. Elle ramasse quelques pièces de monnaie que lui jettent les touristes désorientés. Je ne connaît pas Porto, j'y suis seulement passée et je l'ai salué.
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